La vie dernièrement
Avertissement : Ce n’est pas un article pour me plaindre ni pour chercher la pitié, mais pour faire le point sur l’endroit où la vie m’a menée aujourd’hui, et pourquoi.
Dire que les dernières années ont été difficiles serait un euphémisme.
Après la COVID, des grossesses difficiles, un choc post-traumatique, une maladie auto-immune, des décès multiples et une grande solitude ; les récessions à répétition, les clients qui ne paient plus, une thérapie qui brasse toute une vie, l’intelligence artificielle générative qui ratisse le travail des artistes et révèle la vraie nature — et le manque d’éthique — de certaines personnes, des négociations de plus en plus toxiques, … mon check engine était rouge clignotant. La barre de vie en haut de mon écran vital sonnait l’alarme. J’ai perdu ma lumière, mon feu sacré s’est éteint, le mode survie était enclenché et rien n’allait depuis beaucoup trop longtemps.
J’étouffais. J’étais figée. Je n’arrivais plus à avancer et aucune solution ne semblait la bonne.
Et puis, j’ai fait ce que je redoutais de devoir faire un jour. Après près de dix ans comme travailleuse autonome, sans grand espoir, j’ai regardé les offres d’emploi. Détruite à l’idée de devoir retourner travailler dans une compagnie ou une agence, et de faire du design graphique boboche pour des projets qui ne m’intéressent pas, c’était un autre coup dur. Un sentiment d’échec et d’injustice incommensurable. Avoir étudié et travaillé si longtemps, enfin atteindre le niveau d’expérience et d’aptitudes tant rêvé dans un domaine qui me passionne profondément, pour me le faire arracher en quelques mois par un robot créé par des ultra-riches qui veulent être encore plus ultra-riches, au détriment de l’humanité.
Je n’espérais pas trouver un emploi au Québec dans ce domaine si niché et pourtant, dès la première recherche, il m’a été servi sur un plateau d’argent. Depuis mai 2025, Coco Village m’a ouvert ses portes. Un siège confortable à bord d’une machine qui m’offre les mêmes opportunités que lorsque j’étais seule à tout manœuvrer de la maison. L’avantage : plus de paperasse, de négociations, de recherches de contrats, de comptabilité, ni de clients désobligeants. À la place : beaucoup de projets, une grande liberté créative, et une équipe autour de moi. Tout ça, dans cet univers merveilleux et ludique qu’est l’enfance.
La vie n’est toujours pas parfaite : les défis font parties du quotidien. Mais la stabilité que m’offre cet emploi me permet de mieux savourer le reste : être avec mes enfants sans que mon esprit tourbillonne autour de mon entreprise, gérer mes horaires sans m’auto-saboter, et concrétiser — à côté — de petits ou de grands projets choisis par amour. J’avance encore un jour à la fois, consciente que tout peut toujours changer, et je n’accorde de l’attention et de l’énergie qu’à ce, et ceux, qui en valent la peine, selon mon énergie, mes intérêts et ce qui est bon pour moi.
Je retrouve les réseaux sociaux pour leur belle communauté artistique et pour le simple plaisir de partager, sans la pression de devoir les utiliser par nécessité de visibilité, ni cette toxicité et cette compétition impossibles à contrôler, dictées par des algorithmes qui nourrissent de faux espoirs.
Et pour ceux-celles qui me suivent depuis plus longtemps, mon amour est là. Il traverse toutes ces épreuves avec moi — des épreuves qui sont aussi les siennes. Nous sommes une équipe qui s’est montrée, malgré tout, à toute épreuve. Il est là pour moi, je suis là pour lui, et tous les deux, nous sommes présents pour nos enfants. On se passe le flambeau quand l’un n’est plus capable de le porter, et on espère qu’un jour, enfin, nous renaîtrons de nos cendres.