La danse de la saturnie

Malgré nous, entre la famille et le travail, les projets personnels prennent souvent le bord. Sinon, ils prennent un loooooong moment avant d’être achevés.

En 2024 (ouaip), j’ai illustré le tout-carton C’est quoi le Québec écrit par Patrick Couture aux Éditions Gründ Québec. Ce tout-carton regroupe plein de petits faits amusants sur le Québec destinés aux tout-petits. J’y ai appris plusieurs choses moi-même, dont l’existence de la saturnie : le plus gros insecte que nous ayons au Québec. Un magnifique papillon de nuit aux teintes automnales, mesurant jusqu’à 15 cm!

Depuis, comme par magie, je la remarque un peu partout autour de moi. Je la vois dans mon jardin, des amis me partagent des photos de celles qui visitent le leur et je tombe même sur des documentaires qui parlent d’elle.

La saturnie dans le jardin de mon tante Diane.

2024, c’est aussi l’année de naissance de ma petite dernière, où les nuits étaient courtes et où mes journées étaient occupées à prendre soin d’elle, les bras pleins, la tête remplie d’idées et un carnet de croquis jamais bien loin. C’est là que ce petit personnage est apparu dans mes pages, en plein milieu de la nuit, alors que Norah buvait son lait dans mon bras gauche, que je tenais le biberon sous mon menton et que j’avais un crayon dans la main droite, le carnet déposé dans mon lit. Des mouvements de ses ailes est née La danse de la saturnie.

Je ne réalise pas à l’aquarelle tous mes croquis, mais ceux-ci, j’avais besoin de le faire. Les occasions de m’asseoir et de prendre le temps de réaliser quoi que ce soit étaient plutôt rares : je n’avais que quelques minutes par-ci, par-là. C’est pourquoi je laissais mon aquarelle, mon eau et mes pinceaux installés, prêts à être utilisés. Sur plusieurs jours, j’ai ainsi réalisé les tests de couleur préliminaires de ma saturnie. Mais qu’est-ce qu’elle allait devenir ? Elle ne pouvait pas rester dans un carnet de croquis pour toujours. Elle devait exister dans un projet à elle seule.

Parmi toutes les idées de projets qui naissaient dans ma tête de femme en congé de maternité (on s’entend, c’est loin d’être un congé : le corps est occupé, mais la tête vagabonde énormément), il y eut celle d’acheter des cadres usagés et de m’en inspirer pour créer des illustrations qui ne finiraient pas dans un tiroir, jamais exposées. C’est là que j’ai mis la main sur un joli cadre vintage doré, aux coins arrondis, avec un anneau décoratif qui me rappelait la forme d’une lanterne. Ni une ni deux, il était destiné à ma saturnie. Elle finirait sa danse, attirée par la lumière d’une ampoule dans la lanterne, comme le destin de bien des papillons de nuit.

Le processus pour atteindre le résultat final a été long. Plusieurs mois, voire une année. Des idées qui s’enchaînent, des changements de plan, des essais et des erreurs. Beauuuucoup de temps sans nécessairement y toucher. C’est aussi au cours de cette année que j’ai eu l’idée soudaine de faire un trou dans le cadre-lanterne et d’y placer une lumière au niveau de l’ampoule pour accentuer l’effet lumineux de l’aquarelle. Au final, La danse de la saturnie est un diptyque. Une oeuvre formée de deux cadres distincts qui se complètent: on y voit la saturnie effectuer sa danse, présentant ses magnifiques ailes puis quitter son cadre, attirée par la lumière de la lanterne.

La première photo que j’ai prise de mes croquis date de juin 2024. Réaliser le projet aura pris du temps, mais ça m’aura encore pris plus de temps vous le partager, puisque je ne voulais pas que ce soit une simple publication Instagram qui finirait par disparaître au bout de deux heures. Je voulais prendre le temps de coucher ces mots, pour ma satisfaction personnelle, mais aussi avec l’espoir de vous inspirer à entamer des projets, même s’ils ne s’achèvent pas aussi rapidement qu’on le souhaiterait.

Et entre nous, La danse de la saturnie n’est pas terminée tant que je n’aurai pas trouvé de verre à mettre dans ma lanterne pour protéger l’aquarelle...

Suivant
Suivant

La vie dernièrement